"La puissance discrète des fleurs" : un doux et profond bonheur à s'offrir et offrir au monde, jardinière ou non

J’y suis allée à reculons (pas facile en trottinette mais bon…), comme une écorchée vive devant l’enfer, avec plusieurs semaines de retard sur l’invitation de ma collègue à aller retirer par moi même l’ouvrage « Zéro déchets au boulot », résultat de plusieurs années (je ne sais plus compter) de recherches de stratégies improbables pour parvenir à contribuer ne serait ce que d’un chouia à notre monde via l’institution qui me paie en principe pour. Victoire triste. Le plus minuscule des pppppp dans le meilleur des cas, si ce n’est d’apposer un pansement sur une jambe de bois pour rêver faire illusion et surtout ne rien changer. Bref. Joie et enthousiasme en vue, direction la fnac des lieux.
En 25 ans, j’ai dû entrer moins de 10 fois dans cet immense et odieux étalage de nos prouesses inutiles sur moult étages, fierté de la ville qui célèbre les 50 ans de cette horreur, temple de la consommation et de la crétinisation et domestication avancée purulente.
Je galère à trouver l’enseigne.
X étages, escalators, du monde partout. Du bruit, de la fureur.
Je me fais alpaguer « non madame, nous n’avons pas d’ordre nous disant que votre trottinette est un déambulateur », nous allons devoir vous verbaliser…
Idem dans le magasin. Je tourne en bourrique.
« Non Madame, nous n’avons pas la référence de la commande »
J’achète des centaines de bouquins par an pour le boulot sur mon compte propre.
C’est le deuxième que je parviens à faire acheter après plusieurs années de travail acharné pour que la culture (et toute forme de culture) ne soit pas prise pour un déchet justement.

Non, Laetitia, tu ne craques pas. Ca pourrait nourrir le moche de la situation.
J’avais attrapé au passage un bouquin destiné aux Prépa sur la notion de justice, vue par une kyrielle de penseurs. Je l’avais reposé, fatiguée du lieu, de tout.

Quand une couverture, puis un titre, puis deux m’ont littéralement sauté au visage.
Non mais ! J’avais dit non ! Rien à faire ici ! Vite ! De l’air !

Et de fil en aiguille, attrapée je me suis faite. Incorrigible.
Repartie avec « Apprentie girafe Le petit guide illustré de la communication pacifiante Conçu pour les adultes A savourer avec son âme d’enfants ». Tiens ! ça soutiendra peut être mon élan usé toutes ces années au boulot à proposer de la CNV/la si bien mal nommée.
Sans bon de commande ni réduction d’entreprise svp merci.

Et celui ci encore qui excite ma curiosité et vient soutenir ma tentative de déconstruction de l’instrumentalisation du sport au service de la destruction de la vie et de notre vivre ensemble sous les apparences les plus flatteuses voyons :

« Un esprit bof dans un corps pas ouf » Anne-Sophie Girard Pocket.
Mdr. Je kiffe. Faire la peau au développement personnel (un des outils de l’arsenal de notre société pourrissante sur pied). Et un tremplin pour revoir nos pratiques sportives également.
(A noter la belle trouvaille à ce propos au magasin « La Gentiane » en Auvergne qui nous a fourni le gros des vivres à cuisiner ; le numéro de « low-tech journal » de juillet 'août 2024 avec son chouette article « Sports pour l’anthropocène », légèrement en décalage avec le vent dominant :))

Et le coup de coeur, assurément, pour me récompenser de ma bravoure à avoir affronté ces espaces temps sordides :

« La puissance discrète des fleurs » écrit par une certaine Réjane D’Espirac svp.

Il me tombe dans les mains comme la source dans la bouche d’une assoiffée. Enfin la vie !!!
Avec aussitôt une petite voix en moi qui me raille : nous les humains dessinons des fleurs et des arbres sur le béton, nous produisons des histoires de vivant sur des arbres coupés pour nous sentir peut être encore un peu vivant quelque part…quelle ironie !!! et moi donc !!! tout pareil !!! je le prends quand même, avec un pressentiment étrange, alors que les illustrations me sont plutôt plombantes, à l’inverse du texte qui excite fort mon appétit et ma curiosité.

" Certaines personnes trouvent leur ancrage dans la danse, la natation ou la course à pied. Réjane d’Espirac, elle, contemple les fleurs. Elle les chérit non seulement pour leur beauté, mais pour la richesse intérieure qu’elles offrent à ceux qui savent les observer.

À travers ses mots empreints de poésie, elle nous invite à nous mettre à l’écoute des fleurs, à ressentir leur présence, à comprendre leur langage subtil, à redécouvrir la sagesse inouïe de leur existence.

Avec tendresse et délicatesse, ces messagères du vivant murmurent des secrets ancestraux, racontent des histoires de créativité, d’amour, de résilience, de réenchantement, de lien à l’autre et à soi-même.

Une invitation à percevoir, pétale après pétale, la puissance discrète des fleurs.

Biographie de l’auteur :
Réjane d’Espirac est une autrice au parcours singulier, dont l’œuvre interroge notre façon d’habiter le monde. En tant que reporter en France et à l’international, elle s’est investie sur les questions de vivre-ensemble et de diversité culturelle. Son travail a été distingué par l’ONU. Également réalisatrice de documentaires, elle offre par ses récits sensibles une réflexion sur les liens qui nous unissent au vivant, et ce qui fait le cœur de notre humanité. Ce livre signe son engagement pour un regard plus ouvert, où la beauté et la tendresse trouvent une place centrale."

Et là…au retour de mon échappade (escapade en échappée de choix) en territoire de sensorialité et contemplation intérieure et extérieure tout en un (trop long à dire une nuit au Salagou, l’accordéon de la jeune femme, sa mère, leur âne, leur van issu visiblement d’un très ancien parc EDF, à la Quentin Blake, leur chien, leurs langues et une atmosphère de rêve entre tout ce petit monde, flotter sur l’eau et me prendre pour un poisson les yeux dans les nuages et les vagues par dessus), j’attrape un bus direction mon bureau, une oreille dans les échanges des lycéens agglutinés à l’arrière du bus « et Madame Machin tu vas l’avoir, elle est super Madame Machin !!! »
j’ouvre le bouquin (après avoir potassé les 2 autres en vue de les présenter bientôt aux entrants, accompagnés de leurs parents) et là …ô bonheur intense !!!
Chers jardinier.es, veuillez trouver là mon nouveau livre de poche et sac à dos plus que de chevet !

Et si…aux JdN, et aux campus, évènements et projets à venir, la puissance discrète des fleurs (en adéquation certainement une certaine idée du Verstohlen, et peut être plus et mieux encore que la furtivité) trouvait en ce lieu tous les plus jolis ingrédients de la lutte des classes pour reprendre en main nos vies et la vie sur la planète ?

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